Publication : l'actuariel 32 - mars 2019

Transition climatique : le risque des actifs échoués

Juliette NOUEL

La piste du désinvestissement

Certains investisseurs ont pourtant une réponse imparable : inutile d’évaluer le risque, il suffit de désinvestir dans les énergies fossiles. De fait, un désinvestissement historique se poursuit en France, faisant des assureurs et réassureurs français les pionniers dans ce domaine. Mais ce mouvement ne concerne que le charbon et certains acteurs notent que désinvestir n’est pas la solution miracle : qui dit vente dit rachat, et le nouvel investisseur a parfois des méthodes de gestion moins regardantes sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Par ailleurs, si le mouvement de désinvestissement se propageait trop vite et que les entreprises liées aux énergies fossiles ne trouvaient plus à se financer sur les marchés, le danger serait tout aussi important que celui lié aux stranded assets. En 2016, dans un discours intitulé « Resolving the climate paradox », Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait ainsi expliqué que, dans ce cas, « le succès serait un échec » : « That is, too rapid a movement towards a low-carbon economy could materially damage financial stability. »

Engagement actionnarial ou « simples discussions » ?

Pour cette raison, l’engagement actionnarial est donc largement plébiscité. Son but : faire progresser les entreprises émettrices de gaz à effet de serre dans leurs objectifs climatiques, soit par un vote de résolution lors des assemblées générales, soit en amont par un dialogue constructif. Une enquête menée par la société de conseil Indefi4 sur les interactions entre investisseurs et émetteurs souligne cependant une différence de perception très nette entre les deux parties : les investisseurs se considèrent en effet comme très engagés, alors que les émetteurs qualifient ces échanges sur les questions de gouvernance et d’environnement comme de « simples discussions ». Les émetteurs estiment en outre que les investisseurs ont une « compréhension limitée des enjeux ESG » et de leur impact économique.

Fabrice Bonnifet, président du C3D (Collège des directeurs du développement durable), le confirme : « Lors des Road Shows, les investisseurs n’interrogent pas ou à peine les entreprises sur leur prise en compte des enjeux environnementaux et climatiques. Pour eux, cela reste la plus importante des choses secondaires. » Les investisseurs institutionnels ont pourtant un cadre sur lequel s’appuyer : les recommandations de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures dite « TCFD », mise en place par le Conseil de stabilité financière du G20 et soutenue par la Commission européenne.

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