Publication : l'actuariel 32 - mars 2019

Alain Grandjean

La ligne directrice d’Alain Grandjean est claire : concilier la logique économique et les enjeux environnementaux et sociaux. Il répond à L’Actuariel et expose son projet « Libérer l’investissement vert.

Juliette NOUEL

Ses dates clés
L’actuariel : Où en est la France par rapport à ses objectifs climatiques ?

Alain Grandjean : Nous sommes en retard. Selon le bilan de l’Observatoire climat-énergie, la France a émis + 6,7 % de gaz à effet de serre par rapport aux indicateurs de la Stratégie nationale bas carbone et de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Elle a également dépassé de 4,2 % les objectifs de sa consommation nationale d’énergie. Les émissions ont augmenté de 3,2 % en 2017. Pour 2018, nous attendons les chiffres précis, mais la tendance devrait encore être à la hausse, en raison notamment du secteur des transports.

L’actuariel : Qu’en est-il des montants investis pour la transition écologique et énergétique ?

Alain Grandjean : Sans surprise, le compte n’y est pas. En se calant sur les objectifs de la PPE, le think-tank I4CE a estimé que les montants à investir dans la transition écologique et climatique devraient se situer en moyenne annuelle aux alentours de 70 milliards par an pour la période 2019-2023, ce qui correspond à un peu plus de 3 % du PIB. Or, fin 2017, ces investissements ne s’élevaient qu’à 41 milliards d’euros sur l’année, dont environ un tiers relevait des acteurs publics, les deux autres tiers étant répartis entre les ménages et les entreprises. Il est donc nécessaire d’accroître l’investissement public comme privé d’une trentaine de milliards par an.

L’actuariel : Dans ce but, vous proposez de sortir l’investissement vert du déficit public. Pourquoi ?

Alain Grandjean : On ne fera pas plus d’écologie avec moins de moyens. Avec les économistes Marion Cohen et Gaël Giraud, nous avons donc proposé de « libérer l’investissement vert ». Il s’agit d’isoler, dans le calcul du déficit public, les fonds publics affectés aux investissements de transition : infrastructures de transport, rénovation thermique des bâtiments, réseaux de chaleur, etc. Comme détaillé plus haut, cela correspondrait à une vingtaine de milliards par an pour la partie publique, soit 1 % du PIB. En outre, libérer l’investissement vert entraînerait un regain d’activité et aurait donc un effet positif sur ce PIB et sur la balance commerciale française. Rappelons que le déficit de cette balance est largement lié aux importations énergétiques.

L’actuariel : Y a-t-il un obstacle comptable ?Alain Grandjean : Oui, mais un obstacle tout à fait surmontable : les règles de calcul du déficit établies par le système européen des comptes (SEC) ne distinguent en effet pas les dépenses en capital des dépenses de fonctionnement. Or il faut établir cette distinction comme toute entreprise privée, qui ne mélange pas les investissements nécessaires à son avenir et ses dépenses de fonctionnement.

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