Publication : L'actuariel Juin 2017

Entretien avec Agnès Touraine

Agnès Touraine Présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA), répond aux questions de l'actuariel et partage sa vision de la gouvernance.

Propos recueillis par Céline Chaudeau

l’actuariel : Pourriez-vous, pour commencer, nous emmener dans les coulisses d’un conseil d’administration ?

Agnès Touraine : L’environnement a bien changé depuis quinze ans ! Quand j’ai assisté à mon premier conseil d’administration, c’était encore un « all boys club ». J’étais la seule femme, il ne se passait pas grand-chose et on attendait le déjeuner et le cigare… Cette époque, heureusement, est totalement révolue. Les conseils d’administration comportent aujourd’hui douze personnes en moyenne et se réunissent en général au moins huit fois par an quand tout va bien. À cela s’ajoutent trois ou quatre réunions de comité, consacrées à l’audit, aux nominations ou aux rémunérations, ainsi que des journées stratégiques.

l’actuariel : Combien de temps cela vous occupe-t-il ?

A.T. : Il est rare qu’une réunion dure moins d’une demi-journée et on estime qu’un bon administrateur doit consacrer au moins deux jours par mois à sa mission. C’est une évolution considérable qui s’est imposée avec le code Afep-Medef et la pression des parties prenantes, notamment des investisseurs, mais aussi des salariés, clients et fournisseurs, qui exigent désormais une gouvernance éthique et rigoureuse.

l’actuariel : Comment définiriez-vous le rôle d’un administrateur ?

A.T. : Il faut rappeler les quatre missions d’un conseil d’administration définies par la loi : l’élaboration et l’approbation de la stratégie, la nomination des mandataires sociaux, le contrôle et l’information. Plus largement – et c’est une spécificité française – la responsabilité de l’administrateur est d’agir dans l’intérêt social de l’entreprise, ce qui signifie qu’il doit prendre en compte l’ensemble des intérêts des parties prenantes : ceux des actionnaires bien sûr, mais aussi des salariés, des fournisseurs, ou encore des clients.

l’actuariel : En amont de la réunion, comment les administrateurs se font-ils une idée des risques véritables et comment préparent-ils ces instances ?

A.T. : La cartographie des risques est aujourd’hui un élément essentiel de la gouvernance. Avant tout conseil, un administrateur reçoit une somme de documents et d’analyses qu’il doit prendre le temps de lire. Pour des questions plus techniques, il s’en remet aussi à des comités d’audit ou à des comités des risques, souvent très développés dans le secteur des assurances. Ils sont une émanation du conseil et lui rapportent quelles réflexions sont menées et quelles actions sont proposées. Le rôle du conseil est de s’assurer que les bons processus sont en place. Aujourd’hui par exemple, il n’y a plus un conseil qui, au moins une fois dans l’année, ne s’interroge sur des questions de cybersécurité. Le conseil est là pour poser les bonnes questions et s’assurer que l’entreprise y répond.