Publication : L'actuariel Octobre 2018

Effondrement, faut-il ouvrir le débat ?

Juliette Nouel

Et tout a commencé par…

Si un effondrement devait se produire, quel serait le facteur déclenchant ? Le dérèglement climatique, le pic pétrolier ou encore un krach financier sont de bons candidats…

À lui seul, le dérèglement climatique peut conduire à l’effondrement. Des migrations, des tensions, voire des guerres pour l’accès aux ressources vitales sont à craindre, ainsi que l’extension des groupes terroristes qui tirent profit de la fragilisation des plus démunis. Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est d’ailleurs réuni le 11 juillet dernier pour discuter de la menace que le climat constitue pour la sécurité et la paix dans le monde. D’autres conséquences de l’accaparement généralisé des ressources et des milieux naturels par l’homme pourraient également entraîner le même type de scénario. À commencer par le déclin massif de la biodiversité.

Des variables non intégrées dans The Limits to Growth sont également à surveiller de près. « Les chercheurs n’ont pas pris en considération le système financier de quelque manière que ce soit, note Gail Tverberg, économiste et actuaire américaine, sur son blog Our Finite World. En particulier, les modèles ont négligé le rôle de la dette. Réparer cette omission tend à avancer la date réelle de l’effondrement et à le rendre plus prononcé. » Et d’expliquer comment la dette est nécessaire pour alimenter la croissance et la croissance pour rembourser la dette, le tout n’étant possible que grâce à un accès à une énergie abondante et peu chère. Gail Tverberg pointe alors une deuxième omission : le modèle d’origine ne s’intéressait pas séparément aux ressources, tel le pétrole, « alors que les limites sur le pétrole, par elles-mêmes, pourraient abattre l’économie plus rapidement ». Le physicien Graham Turner ne dit pas autre chose : « Le mécanisme clé qui conduit à l’effondrement dans le scénario business-as-usual est le détournement de capitaux vers l’extraction toujours plus coûteuse de ressources qui s’épuisent. »

En toile de fond se développent des phénomènes de longue haleine, qui favorisent la montée de ces déclencheurs potentiels. Exemple : « l’effet tampon de la richesse », comme l’expliquent Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans Comment tout peut s’effondrer (Éd. Seuil). En raison des inégalités sociales, les élites dirigeantes ne souffrent pas directement des premières conséquences du déclin et accentuent encore le retard – déjà inhérent à la dynamique interne de l’effondrement – pour mettre en œuvre de réelles mesures d’atténuation ou de préparation à l’effondrement. Des mesures qui permettraient pourtant d’éviter une adaptation brutale et anarchique.

Enfin, pour certains, ce n’est pas tant le « comment » qui importe, mais le « quand ». Et le plus tôt sera le mieux. « Un effondrement qui s’amorcerait dans les années 2030 serait certainement moins brutal qu’un effondrement démarrant après 2050, quand il y aura sensiblement moins de ressources naturelles pour rebondir », souligne Pierre-Yves Longaretti, qui travaille sur les hypothèses réactualisées de Meadows pour tenter de trancher entre ces deux scénarios. « La rareté, ça se pilote ; la pénurie, ça se subit », avait d’ailleurs souligné Nicolas Hulot, lors du Facebook Live de juillet dernier. Partant du fait que plus la date de l’effondrement est éloignée, plus il sera violent, certains en viennent même à vouloir le provoquer, comme l’Australien David Holmgren, l’un des pères de la permaculture, dans un essai intitulé Crash on Demand.