Publication : l'actuariel 33 - Juin 2019

Claire Tutenuit

L’EpE *, sous la présidence de Jean-Dominique Sénard, entend responsabiliser les entreprises face aux enjeux environnementaux. Claire Tutenuit alerte sur l’urgence d’anticiper les risques liés au climat et à la biodiversité.

Juliette NOUEL

Ses dates clés
L’actuariel : Votre métier, dites-vous, c’est de « créer du positif ». Par quels moyens ?

Claire Tutenuit : Notre objectif est de faire émerger et de généraliser, au sein des entreprises, des solutions pour l’environnement.

Cela se fait en particulier par le partage des bonnes pratiques, aussi bien à l’intérieur de l’association qu’à l’extérieur. Ces solutions innovantes permettent de créer des opportunités business et de diminuer l’exposition aux risques de nos membres, que ces risques soient d’ordre réglementaire ou qu’ils découlent de nouveaux standards de marché voulus par leurs clients, leurs actionnaires et la société civile en général. Un basculement rapide de l’opinion ou des politiques publiques est toujours possible et il est indispensable d’anticiper.

L’actuariel : Pouvez-vous nous donner un exemple de votre action sur le changement climatique ?

Claire Tutenuit : Un de nos derniers rapports porte sur les émissions évitées, c’est-à-dire les gaz à effet de serre qu’une entreprise parvient à ne pas émettre en modifiant la conception d’un produit ou le processus de fabrication. Calculer ces émissions évitées est à la fois nécessaire, pour tendre vers une économie plus circulaire, et complexe, car il n’existe pas de cadre méthodologique reconnu. Les entreprises d’EpE ont donc élaboré ensemble des lignes directrices claires pour pouvoir partager leurs résultats de façon transparente. Notre rapport est nourri d’exemples précis. Les ciments Calcia, filiale du leader mondial Heidelberg Cement, expliquent ainsi comment ils peuvent économiser 120 000 tonnes d’équivalent pétrole par an sur un de leurs sites : ils ont remplacé, dans le cycle de combustion, les énergies fossiles par des déchets destinés à l’enfouissement ou à l’incinération. Séché Environnement montre comment il peut diminuer ses émissions de plus de 4 millions de tonnes de CO2 par an (soit l’empreinte carbone d’un demi-million d’habitants) par le traitement des gaz industriels à fort pouvoir de réchauffement climatique.

L’actuariel : Y a-t-il d’autres avantages que les bénéfices climatiques ?

Claire Tutenuit : Communiquer sur les émissions évitées permet à l’entreprise de valoriser sa stratégie bas carbone auprès des investisseurs, des actionnaires et des assureurs. Une entreprise qui fait le choix d’investir dans le sens de la décarbonation de l’économie peut en effet se trouver, au moins temporairement, face à des risques accrus ; elle peut même être défavorisée par rapport à des concurrents plus attentistes si elle investit lourdement, et ainsi mécontenter ses actionnaires.

Expliquer et évaluer les bénéfices de ses choix devient alors un atout dans une vision de long terme.

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