Publication : L'actuariel 35 Janvier 2020

Bois & forêts : l’humanité perd son souffle

Incendies d’ampleur, impacts du changement climatique, déforestation… La préoccupation des États pour la préservation des forêts s’intensifie. Reste que la volonté d’une gestion durable ne se traduit pas encore dans les actes : entre 2000 et 2017, le couvert forestier mondial a diminué de 8,4 %. Les experts appellent de leurs vœux l’organisation d’une gouvernance mondiale autour de ce bien si précieux.

Laure BERT

Depuis le paléolithique, l’homme utilise le bois des forêts pour ses outils, son habitat et son chauffage. La demande mondiale de ce matériau naturel a suivi la démographie humaine, avec une nette accélération à partir de la révolution industrielle. Après une inflexion dans la foulée de la crise économique de 2008-2009, la tendance est repartie à la hausse. Et, en 2017, selon les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de bois rond a dépassé ses niveaux d’avant-crise pour atteindre 3 797 milliards de mètres cubes, en augmentation de 1 % sur un an et de 10 % depuis 2000. Les produits transformés sont toujours plus plébiscités. En 2017, 402 millions de mètres cubes de panneaux à base de bois ont été produits, un volume stable sur un an, mais en augmentation de 125 % depuis 2000. À titre de comparaison, le volume de l’Empire State Building est de 1 million de mètres cubes. Enfin, les industries mondiales ont fabriqué 413 millions de tonnes de papiers et cartons, à base de bois, une augmentation de 1 % sur un an, et de 27 % depuis 2000.

La construction reste le premier débouché commercial du bois. Au-delà des classiques charpentes, isolations et escaliers, le bois gagne ses galons comme matériau structurel. Le code international de la construction évolue, intégrant la possibilité de construire des immeubles de plusieurs étages. Le XIIIe arrondissement de Paris accueillera d’ailleurs en 2021 l’une des plus hautes constructions d’Europe en bois : un bâtiment de 17 étages (49 mètres de haut) comprenant 107 logements, Wood Up. Depuis une décennie, les productions destinées au chauffage et à la production d’énergie montent également en puissance, même si elles demeurent tributaires des variations du pétrole. En France, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, en 2018, 22 % de la récolte de bois commercialisé était ainsi destinée à l’énergie contre 15 % en 2011. Au niveau mondial, la production de granulés de bois a explosé : en 2017, 33 millions de tonnes – en augmentation de 12 % en un an – de ce combustible pour poêles et chaudières, issu du compactage des résidus de scieries ont été produites. Le bois représentait ainsi, en 2017, un tiers des énergies renouvelables.

Décimer et reboiser, la logique du profit

Le prix du bois brut, après avoir fortement baissé en 2016 et 2017, a augmenté en 2018 de 3,3 %, selon les dernières estimations des analystes de la Coface. Cette tendance devrait se poursuivre à un rythme moyen de 2,5 % par an entre 2019 et 2030, selon les experts de la Banque mondiale. Contrairement à d’autres matières premières comme le blé ou le sucre, le bois n’est pas coté sur les marchés financiers. Son prix se fixe dans les salles de vente quand se rencontrent demande et offre. Il peut donc varier d’une région à une autre. En France, le prix d’un stère (un mètre cube) de bois de chauffage oscille entre 50 et 80 euros.

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