Publication : L'actuariel Octobre 2018

Quand le big data révolutionnera la prévention

Laure Bert

De grandes promesses pour le médical

Le domaine médical, au croisement de multiples expertises, est un autre exemple type d’un secteur que le big data pourrait révolutionner, mais dont les pratiques n’ont pourtant évolué qu’à la marge. Les médecins se contentent encore plus ou moins de répliquer en e-santé les mêmes processus qu’en médecine présentielle. L’analyse des données massives permet de distinguer des sous-groupes toujours plus fins au sein des maladies mais nous sommes loin d’une médecine numérique personnalisée.

« Mon point de vue est que cette étape arrivera dans dix à quinze ans, estime Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales de la santé au CNRS. Elle apportera un changement considérable. Par exemple, dans mon domaine, en psychiatrie, un focus important est mis sur les maladies les plus graves – pour lesquelles l’intérêt du numérique est encore difficile à apprécier –, mais l’essentiel des charges de morbidité provient de tous les troubles intermédiaires : dépressions diverses, troubles anxieux, hyperactivité, troubles de la personnalité, troubles du comportement alimentaire, addictions, autisme léger… Ces problématiques pourront certainement être améliorées par des outils numériques légers qui interviendront en permanence de façon ciblée et permettront d’éviter les impacts fonctionnels trop importants et les évolutions défavorables. »

Associer tous les acteurs et partager les informations

Le chercheur ne croit pas pour autant, lui non plus, que la prévention puisse être totalement confiée à ces outils automatiques. « La révolution à venir dans la prévention, ce n’est pas seulement le big data mais le fait qu’on va pouvoir cibler les interventions en les adaptant à chaque personne, en tenant compte de son contexte. Je crois en un modèle mixte, intégrant de façon synergique, dans la relation clinique et thérapeutique, des outils connectés, des algorithmes d’intelligence artificielle, des professionnels de santé et les patients eux-mêmes ainsi que leurs proches », affirme-t-il.

La construction d’un telle association se heurte au problème de l’interopérabilité des dispositifs, notamment entre le public et le privé. D’autant que, pour l’instant, les compagnies privées, comme Apple, mènent la danse des outils connectés. Selon un sondage OpinionWay pour Mazars, publié ce printemps, les Français sont prêts à cette révolution : 69 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables au dossier médical centralisé en ligne et une sur deux (53 %) à la transmission en direct à des professionnels de santé des données collectées par des objets connectés.

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