Publication : Janvier 2020

Et si… les bactériophages étaient la réponse à l’antibiorésistance ?

Coralie Baumard

Le début des années 1990 sonne la fin de l’âge d’or des antibiotiques : un nombre préoccupant de bactéries résistantes surgit et la recherche de nouvelles molécules pour les combattre est au point mort. En 2000, l’OMS s’alarme de cette « menace pour le monde » dans sa revue Médicaments essentiels : le point. Tuberculose, paludisme, choléra… autant de maladies qui semblaient vaincues, mais contre lesquelles des médicaments autrefois efficaces ne peuvent plus rien. L’organisation prédit ainsi que la résistance risque de « renvoyer les pays industrialisés vers les temps sombres d’autrefois ».

Elsa contemple la photographie holographique de sa cousine de Bangalore, Meera, posée sur son bureau. L’adolescente de 15 ans réajuste son sari avant d’éclater de rire. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparaient, elle fut sa meilleure amie, sa confidente. Leur rituel quotidien : s’équiper de lunettes de réalité virtuelle pour discuter et découvrir les endroits favoris de chacune. Jusqu’au printemps 2035, à l’arrivée du Mycobacterium tuberculosis. Meera a succombé à la tuberculose ultrarésistante. Sans traitement antibiotique efficace, ses chances de survivre étaient de 50 %. En 2017, 1,6 million de personnes sont mortes de tuberculose, dont 421 000 en Inde. Cette maladie infectieuse était plus mortelle que le sida.

L’objectif de l’OMS d’éradiquer la maladie en 2030 fut un échec. La tuberculose ultrarésistante, en 2050, est un fléau mondial et les morts se comptent en millions. Des foyers d’infections sont présents sur tous les continents, même si l’Inde reste un épicentre. Avec l’échec des antibiotiques, des méthodes d’un autre temps sont revenues au goût du jour : sanatorium, ablation des poumons…

Malgré cette épidémie, le seuil des 10 millions de décès annuels liés à l’antibiorésistance prédit par l’économiste Jim O’Neill dans un rapport de 2016, n’est pas atteint. À l’époque, le rapport est un électrochoc. Le 21 septembre 2016, l’Assemblée générale de l’ONU adopte une résolution ambitieuse sur la lutte contre l’antibiorésistance. Ses états membres sont soumis aux directives du plan global imaginé par l’OMS et, dans le même temps, instaurent leur propre plan national. L’urgence est de mise, car l’antibiorésistance tue. Le rapport de l’US Centers for Disease Control and Prevention, en 2019, évoque plus de 2,8 millions de personnes touchées chaque année par des bactéries résistantes aux États-Unis et 35 900 décès, soit une hausse de 56 % par rapport à 2013. Pour son directeur, Robert R. Redfield, le monde a déjà basculé dans une ère post-antibiotique.

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