Publication : L'actuariel 35 Janvier 2020

Alain Durré

Laure BERT

L’actuariel : Vous ne croyez pas à des scénarios plus brutaux de remontées des taux suite à l’éclatement de bulles dans l’immobilier ou sur les marchés actions ?

Alain Durré : Pas à court terme ! Notre modèle pour le marché immobilier français montre que si nous regardons les critères de prix immobiliers versus les loyers perçus ou implicites ou bien de prix par rapport aux revenus des acquéreurs, toutes les lanternes sont clairement au rouge. Mais, en rajoutant le critère de l’évolution des ménages, lesquels explosent sous le poids des recompositions familiales, cela ramène les actifs dans une zone de valorisation normale des prix. Bien entendu, nous observons ici et là des points de surchauffe dans les grandes villes européennes, mais pas de surévaluation globale au niveau national. Quant aux marchés actions, nous anticipons plutôt du potentiel à la hausse.

L’actuariel : Pour les épargnants, quelles sont les conséquences de ce niveau de taux exceptionnellement bas ?

Alain Durré : Tout d’abord, l’expérience montre que, dans beaucoup de pays expérimentant des taux d’intérêt négatifs – comme la Suisse, le Danemark, la Suède ou encore la plupart des pays de la zone euro –, les banques n’ont pas forcément appliqué des taux négatifs sur les dépôts et l’épargne de leurs clients. Ensuite, en ce qui concerne les placements financiers, tout dépend dans quel produit les épargnants investissent. Laisser son argent sur un compte à vue ou à terme ne rapporte pas grand-chose aujourd’hui. En revanche, la baisse des taux d’intérêt a permis à plus de personnes d’accéder à la propriété. Il ne faut pas oublier que le but plus ou moins avoué du QE est de forcer des réallocations d’actifs vers des placements plus risqués. Dans ces conditions, les inégalités peuvent se creuser en raison du manque de culture financière des ménages. En Allemagne, comme en France, la majorité des épargnants ont ainsi conservé un profil d’épargne très conservateur et voient donc leurs revenus de placement baisser. Tout dépend de l’arbitrage de chacun entre rendement et risque. Au Japon, même avec des taux très négatifs, les fonds d’épargne longue sont encore plébiscités.

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