Publication : Commodesk Lundi 28 Janvier 2013

L’uranium, une industrie en convalescence

Le secteur de l'uranium ne s'est pas encore bien remis des répercussions de la catastrophe de Fukushima de mars 2011.

Anne-Bénédicte Hoche

Depuis cette date, avec la fermeture de centrales nucléaires au Japon et en Allemagne, les cours de l’uranium sur les marchés internationaux ont fortement baissé, à environ 40 dollars (30 euros) la livre* mi-janvier alors qu’ils avaient culminé à plus de 70 dollars (52,5 euros) avant le séisme. Les prix sont désormais jugés trop bas par certaines compagnies minières, en particulier pour le lancement de nouveaux projets. Ainsi, par exemple, le groupe britannique BHP Billiton (leader mondial de l’industrie minière) a reporté son projet d’expansion de sa mine d’Olympic Dam, en Australie, qui devait donner naissance au plus grand site de production d’uranium au monde. Areva a de son côté gelé provisoirement son projet de mine en Namibie.

C’est dans ce contexte délicat, où les financements sont difficiles à obtenir, qu’Areva prend aussi du retard dans son projet d’Imouraren, au Niger. L’intérêt stratégique de la France dans l’uranium nigérien a été médiatisé  à l’occasion de l’intervention de la France au Mali voisin : l’instabilité dans ce pays pourrait avoir des répercussions sur la région uranifère du Niger, à environ 300 km de la frontière. Or, les deux mines nigériennes d’Arlit, dont Areva contrôle les opérations, fournissent à la France un tiers de l’uranium utilisé pour alimenter ses 58 réacteurs nucléaires. Imouraren, présenté par Areva comme la deuxième plus grande réserve connue après Olympic Dam, pourrait quant à elle produire 5.000 tonnes d’uranium par an, ce qui représenterait un doublement de la production nigérienne. Mais sa mise en production, initialement prévue pour 2012, n’aura pas lieu avant 2014 ou 2015, retardée notamment par des problèmes de sécurité dans la région (quatre employés d’Areva sont toujours retenus en otage au Niger). En compensation du manque à gagner, Areva versera 35 millions de dollars (26,2 millions d’euros) à l’Etat nigérien, actionnaire d’Imouraren.

Le ralentissement actuel dans les projets miniers pourrait occasionner un déficit ponctuel entre l’offre et la demande mondiales. La plupart des analystes s’attendent ainsi à une remontée des prix de l’uranium en 2013 et 2014.

L’uranium en chiffres

9 254 tonnes, soit 14% de la production mondiale : la quantité d’uranium utilisée par la France en 2012. Deuxième consommateur mondial après les États-Unis, la France est le pays au monde le plus dépendant du nucléaire, qui assure 78% de sa production d’électricité.

29 réacteurs nucléaires en construction en Chine, qui s’ajouteront aux 16 actuellement opérationnels. Cela occasionnera dans les prochaines années une forte hausse de la demande mondiale d’uranium.

19 451 tonnes : la production d’uranium au Kazakhstan en 2011, soit un triplement en quatre ans. Le pays est désormais de loin le premier producteur mondial, devant le Canada, l’Australie et le Niger.

 * Une livre = 453 grammes

Source : Association mondiale du nucléaire

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