Publication : Commodesk Lundi 04 Février 2013

Riz : les exportations thaïlandaises en chute libre

La Thaïlande a perdu, en 2012, sa place de premier exportateur mondial de riz.

Anne-Bénédicte Hoche

Un événement : cela faisait trente ans que la Thaïlande dominait le commerce international. Ses exportations ont chuté de 35%, à moins de 7 millions de tonnes.

En cause, la décision, en octobre 2011, de réintroduire un système d’achat garanti du riz aux producteurs par le gouvernement au prix de 15 000 baht la tonne (370 euros) pour le riz non parfumé, soit une augmentation du prix de vente de 50% pour les riziculteurs. Cette mesure, particulièrement populaire dans le nord rural du pays, était une promesse qui a contribué à l’élection en 2011 de la Première ministre Yingluck Shinawatra, dans ce pays où l’agriculture emploie 40% de la population active.

Mais, depuis, le riz thaïlandais n’est plus compétitif sur les marchés mondiaux, ce qui a ouvert des opportunités chez les concurrents. L’Inde et le Vietnam ont ainsi pu s’arroger les première et deuxième places parmi les exportateurs.

La nouvelle politique thaïlandaise, qui a été reconduite pour la campagne 2012-2013, provoque l’ire de l’opposition du pays, mais aussi des inquiétudes d’observateurs extérieurs. Selon la Banque mondiale, le coût de la mesure, une fois que le gouvernement aura écoulé ses stocks à des prix inférieurs à ce qu’ils lui auront coûté, représentera, en 2012 et en 2013, plus de 1% du PIB du pays.

Autres objets de critiques : certains riziculteurs sont incités à augmenter le nombre de récoltes effectuées chaque année (jusqu’à trois par an), ce qui conduit à un amoindrissement de la qualité. Et seule une infime partie, estimée à environ 5%, des fonds gouvernementaux investis profite effectivement aux agriculteurs pauvres, le reste étant partagé entre riziculteurs plus aisés et intermédiaires.

Actuellement, le gouvernement thaïlandais tente en vain d’écouler ses stocks, estimés à plus de 14 millions de tonnes, via des accords intergouvernementaux. Avec le début de la nouvelle récolte en février, un manque de capacité des entrepôts devrait se faire sentir.

Un contexte peu propice

La réforme de la politique thaïlandaise du riz est intervenue à un moment particulièrement peu propice. Elle a été mise en place pour la campagne 2011-2012, ce qui coïncidait avec la décision du gouvernement indien de lever l’embargo sur les exportations de riz non parfumé, qui était en place depuis quatre ans, afin de liquider une partie des stocks engrangés sur cette période.

Par ailleurs, certains grands pays importateurs, comme les Philippines ou le Nigeria, après une prise de conscience de leur dépendance aux importations lors de la crise alimentaire de 2008, ont engagé des mesures pour augmenter leur production locale.

Selon la FAO (Food and drug organization, organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), la production mondiale sera, en 2012-2013, pour la huitième année consécutive, supérieure à la demande. Les stocks de report augmenteront ainsi de 10 millions de tonnes, pour atteindre 170 millions de tonnes.

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