Publication : Commodesk Vendredi 15 Février 2013

Gaz : quelle diversification pour l’Europe ?

Alors que la diversification des sources d'approvisionnement en gaz devient en enjeu majeur, de nombreux obstacles restent à franchir

Joseph Gaulier

Actuellement, l’Union européenne importe environ 370 milliards de mètres cubes de gaz par an, principalement via trois fournisseurs : la Russie (41% des importations totales, selon l’Ifri), la Norvège (27%) et l’Algérie (18%). Seuls deux pays de l’Union européenne produisent du gaz, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, mais ce dernier voit ses réserves décliner rapidement, ce qui renforce la nécessité de trouver d’autres sources d’approvisionnement. Plusieurs pistes sont évoquées, tels les États-Unis et le Caucase, mais de nombreux obstacles restent à franchir.

La piste américaine

Le gaz américain pourrait constituer une aubaine pour l’Union européenne, car les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de gaz, grâce à l’essor des ressources non conventionnelles. La Commission s’est d’ailleurs prononcée fin décembre en faveur de l’importation de gaz de schiste en provenance de ce pays, malgré les débats qui agitent plusieurs Etats membres sur la question de la fracturation hydraulique.

Les Etats-Unis disposeront d’une usine de liquéfaction ainsi que d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2015, en Louisiane. D’ici-là, les industriels doivent obtenir l’aval du département américain de l’Energie (DOE) pour pouvoir exporter la production du pays.

« Si les marchés asiatiques seront vraisemblablement privilégiés, il est fort probable que du gaz américain soit livré en Europe », estime Francis Perrin, directeur de la publication de Pétrole et gaz arabes. « Les cours européens n’atteignent certes pas les niveaux stratosphériques de l’Asie, mais restent bien plus intéressants, pour les producteurs, que ceux pratiqués outre-Atlantique. »

Pour les Etats-Unis, il est également indispensable de trouver d’autres débouchés que les marchés asiatiques (Chine, Inde, Japon), où convergent déjà tous les pays exportateurs.

La question des infrastructures

Actuellement, 80% des importations européennes de gaz sont acheminées par gazoducs, et 20% par méthaniers. L’arrivée de gaz américain changerait mécaniquement la structure du marché, en augmentant la part du GNL. Cela poserait un problème d’infrastructures, puisqu’il faudrait bâtir de nouvelles unités de regazéification.

Une dizaine d’usines de ce type sont en fonction sur le continent, pour une capacité de 155 milliards de mètres cubes par an, d’après les données de la Commission européenne. Des projets sont à l’étude dans sept pays, avec pour ambition de porter le potentiel à 232 milliards de mètres cubes. Mais la construction n’a débuté pour aucun d’entre eux, sachant que la mise en service d’une telle infrastructure n’intervient qu’au moins cinq ans après le début des travaux.

L’œil de Moscou

L’Union européenne envisage également de se tourner vers les réserves de gaz du Caucase et d’Asie centrale. L’Azerbaïdjan développe en effet la deuxième phase de son gisement géant Shah Deniz, en mer Caspienne. Les autorités de ce pays étudient actuellement plusieurs tracés de gazoduc afin d’acheminer la production vers l’Europe, via notamment le Nabucco et le Trans adriatique (TAP).

Mais le Kremlin, qui n’a pas intérêt à ce que des concurrents s’affirment, veille toujours sur les anciens pays soviétiques. « Depuis la chute de l’URSS, la Russie cherche toujours à garder le contrôle des ressources naturelles de ces Etats, analyse Francis Perrin. Cela passe par des pressions ou des offres commerciales ».

Moscou propose par exemple à l’Azerbaïdjan de lui racheter « autant de gaz qu’il le souhaite, au prix du marché », dixit Dmitri Medvedev, puis de le revendre lui-même. La Russie ne réalise pas d’opération financière avec cette offre, mais garde la main sur les réserves du pays. Ainsi, l’Azerbaïdjan n’aurait pas besoin d’investir dans des gazoducs, et cela maintient la dépendance du Vieux continent vis-à-vis de Moscou.

De même, la volonté du Turkménistan d’exporter de plus grandes quantités de gaz se heurte à la politique de son grand voisin. Les autorités d’Achkhabad envisagent la construction d’un gazoduc sous la mer Caspienne à destination de l’Europe, ce à quoi Moscou s’est déjà opposé, officiellement pour des raisons écologiques. Le Turkménistan produisait déjà du gaz sous l’ère soviétique et son réseau de gazoduc est relié à la Russie, ainsi qu’à l’Ukraine. Via ce dernier pays, l’Europe reçoit déjà du gaz turkmène.

Malgré le développement de nombreux gisements à travers le monde, l’Union européenne se trouve donc face à de nombreux défis avant de pouvoir limiter sa dépendance envers la Russie. C’est pourquoi certains pays, à l’instar de la Pologne, préfèrent miser sur leurs ressources non conventionnelles.

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