Publication : Commodesk Février 2013

L’huile de palme mise à l’index

Accusée de tous les maux, l'huile de palme a quelques atouts dans son sac.

Jacques Farine

Le 7 novembre 2012, à l’initiative du sénateur Yves Daudigny, la Commission des affaires sociales du Sénat avait proposé un amendement au projet de loi de financement 2013 de la Sécurité sociale visant à instaurer une taxe supplémentaire sur l’huile de palme (taxe dite « Nutella »). S’appuyant sur une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), selon laquelle les acides gras saturés (50%) présents dans cette l’huile favoriseraient l’obésité et les maladies cardio-vasculaires, cette taxation avait pour objectif affiché de réduire la présence et l’utilisation de cette huile dans les produits alimentaires, les Français consommant 126.000 tonnes d’huile de palme à usage alimentaire par an, soit 2 kg par personne.

Mais l’huile de palme pâtit également d’une mauvaise réputation en France et en Europe, pour d’autres raisons. Elle est en effet accusée de fortement contribuer à la déforestation dans les régions du globe où le palmier à huile est cultivé de façon intensive. C’est notamment le cas en Indonésie et en Malaisie, qui concentrent près de 90% de la production mondiale, où ces dernières années le développement de la culture du palmier à huile s’est accompagné d’abattages massifs de forêts primaires.

Cette taxe additionnelle, fixée à 300 euros la tonne, s’ajoutant à la taxe actuelle d’environ 100 euros la tonne, aurait ainsi contribué à réduire l’impact sur la santé publique, sur l’environnement et rendu les huiles de soja, de colza et de tournesol de nouveau compétitives face à l’huile de palme.

Mais l’amendement a finalement été rejeté, fin novembre. Car avant même son évocation, les exportateurs, notamment malaisiens, avaient fait part à la France de leur mécontentement face aux campagnes anti-huile de palme qu’ils jugeaient malhonnêtes et ont demandé, et obtenu, par la voix de Bernard Dompok, le ministre des Plantations malaisien, la création d’un groupe de travail franco-malaisien sur le sujet. La première réunion a eu lieu le 21 mars au ministère de l’Agriculture française.

Pour la France l’enjeu est également important, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint en 2012  5,3 milliards d’euros, faisant de la Malaisie le second partenaire commercial de la France au sein de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean).

Des prospections en Asie et en Afrique

La Malaisie et l’Indonésie, couvrant 90% des 50 millions de tonnes de production mondiale à elles deux, manquent de terres arables sur leurs propres sols et doivent veiller à limiter progressivement la déforestation de leurs forêts primaires. C’est ainsi que les principales entreprises du secteur cherchent à acquérir des terres en Asie et en Afrique… tout en implantant des usines de transformation d’huile de palme et de soja partout dans le monde pour conquérir de nouveaux marchés.

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