Publication : L'actuariel Numéro 5 Juin 2012

Les lourds enjeux du risque climatique

Muriel Jaouen

INTERVIEW DE PHILIPPE DUPUIS

DIRECTEUR FINANCIER DE RTE, LE RÉSEAU DE TRANSPORT D’ÉLECTRICITÉ

« Nous avons fait le choix de ne pas assurer nos lignes aériennes »

L’ACTUARIEL : Comment RTE est-il exposé aux risques climatiques ?

PHILIPPE DUPUIS : Cela concerne principalement nos 100 000 km de lignes électriques aériennes (à haute et très haute tension) à travers la France, ce qui représente un actif net valorisé à 6 milliards d’euros, soit la moitié de notre bilan. Ces lignes sont exposées aux intempéries et notre rôle est d’en assurer la maintenance et le bon fonctionnement. RTE a une mission de service public. Quels que soient le lieu et les conditions climatiques, nous avons pour obligation de rétablir le fonctionnement du réseau de transport dans les cinq jours suivant une catastrophe.

L’ACTUARIEL : Quel choix avez-vous fait afin de prémunir financièrement cet actif ?

PHILIPPE DUPUIS : Nous avons fait de nombreuses études au cours desquelles nous avons défini un risque moyen d’exposition ainsi que des grilles tarifaires. Au final, en rapprochant toutes les informations, nous avons décidé de ne pas assurer les lignes, car il s’est avéré que s’assurer coûterait plus cher au consommateur que de ne pas le faire. Les primes et les franchises imposées par les compagnies sont colossales, notamment du fait qu’il n’est pas possible de mutualiser les types de risques que nous rencontrons. À titre d’exemple, la tempête Xynthia, en 2010, nous a coûté 15 millions d’euros. Mais sur dix ans, le coefficient était favorable (le coût de l’assurance aurait été supérieur au montant du dommage, ndlr). Plutôt que de verser des primes aux assureurs, nous préférons investir sur les infrastructures et les rendre plus robustes.

L’ACTUARIEL : C’est-à-dire ?

PHILIPPE DUPUIS : À la suite de la tempête de 1999, l’État nous a demandé la mise en place d’un programme de sécurisation du réseau sur quinze ans (2002-2017) pour un montant de 2,4 milliards d’euros. L’objectif est d’avoir diminué l’exposition au risque de 40 % d’ici 2017. Ce que nous avons vécu avec Xynthia montre que cette sécurisation (élagage des arbres, renforcement des pylônes…) de notre réseau marche bien.