Publication : L'actuariel Numéro 5 Juin 2012

Les lourds enjeux du risque climatique

Muriel Jaouen

INTERVIEW DE STÉPHANE HALLEGATTE

ÉCONOMISTE AU CENTRE INTERNATIONAL DE RECHERCHE SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE DÉVELOPPEMENT (CIRED) ET INGÉNIEUR CLIMATIQUE À MÉTÉO FRANCE, IL DÉFEND UNE POLITIQUE ACCRUE DE PRÉVENTION DES RISQUES

« Un véritable enjeu de solidarité nationale »

L’ACTUARIEL : Comment qualifieriez-vous le système français d’assurance des catastrophes ?

STÉPHANE HALLEGATTE : S’il connaît des limites et se heurte à certains freins, il est globalement plutôt cité en exemple, notamment dans la mesure où il repose sur un fort partenariat public-privé qui garantit un accès de tous à l’assurance sur la base de conditions fixées à l’avance. On n’est donc pas dans des mécanismes strictement privés qui sont non seulement inégalitaires, mais aussi vulnérables en cas de catastrophe importante. En outre, avec le Fonds de solidarité, l’Europe apporte une couche supplémentaire de soutien s’il s’agit d’aider des pays frappés par des catastrophes de grande ampleur.

L’ACTUARIEL :  Quid du risque climatique ?

STÉPHANE HALLEGATTE : L’évolution climatique a toutes les chances d’accentuer la tendance à l’augmentation du coût économique des catastrophes naturelles, avec une extension des risques à des zones jusqu’alors non exposées. Il y a donc ici un véritable enjeu en termes de solidarité nationale. La solidarité assurantielle n’est soutenable dans le long terme qu’au prix d’une politique accrue de prévention. Tous les Français partagent les risques, contre lesquels ils sont couverts au même prix. Dès lors, il est légitime d’empêcher quelques-uns de faire payer à toute la communauté des risques inconsidérés. C’est la vocation des plans de prévention des risques naturels encadrant la construction en zones inondables.

L’ACTUARIEL : Par quel type de mesures la réduction des risques passe-t-elle ?

STÉPHANE HALLEGATTE :  À court terme, il faut sensibiliser la population sur l’adoption de nouveaux comportements : se renseigner sur la dangerosité des zones où l’on souhaite emménager, le respect des alertes météo, l’investissement dans des systèmes de fermeture hermétique des ouvertures des maisons en cas d’inondation… À plus long terme, la prévention des risques passe par deux axes majeurs : la limitation des constructions dans les zones à risques et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.