Publication : L'actuariel Numéro 5 Juin 2012

Les lourds enjeux du risque climatique

Muriel Jaouen

2011, des chiffres records

Selon le réassureur Swiss Re, les sinistres dus aux catastrophes naturelles se sont élevés à 103 milliards de dollars en 2011, contre 43 milliards l’année précédente. 2011 est ainsi la deuxième année la plus coûteuse pour le secteur de l’assurance, l’ampleur limitée des dommages liés aux ouragans ayant permis de maintenir les coûts en dessous du niveau de 2005, marquée par Katrina, Wilma et Rita. Reste que le tremblement de terre et le tsunami au Japon représentent un montant de 30 milliards de dollars pour les dommages assurés, tandis que les pertes économiques directes atteignent environ 210 milliards. Le tremblement de terre de février à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, représente lui de 9 à 12 milliards de dollars de dommages assurés. L’ouragan Irène, enregistré fin août 2011 sur la côte Est des Etats-Unis et dans les Caraïbes, coûte environ 7 milliards de dollars.

De grands bouleversements

Depuis 1880, année des premiers relevés climatiques, la planète s’est réchauffée en moyenne de 0,8 °C. Si la tendance se confirme, le réchauffement pourrait atteindre jusqu’à 6,4 °C d’ici à 2100 (source Giec). La proportion des terres exposées aux sécheresses extrêmes devrait passer de 3 % de la surface terrestre totale actuellement (1 % en 1952) à 30 % en 2100. Neuf des dix années les plus chaudes enregistrées depuis la fin du XIXe siècle se concentrent dans la dernière décennie, qui a également connu un nombre record de précipitations extrêmes, comme au Pakistan et en Australie en 2010. D’ici à 2100, les précipitations devraient augmenter de 20 % en Europe, ainsi que dans le nord de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Autre tendance constatée par les climatologues : l’augmentation et l’intensification des ouragans, cyclones et tempêtes tropicales. 2004 a vu le plus grand nombre de cyclones jamais recensé au cours d’une même année (près d’une quinzaine) et le doublement des plus violents d’entre eux. C’est également en 2004 qu’un cyclone a été enregistré pour la première fois en Atlantique Sud.

29 jours de sécheresse estivale en France

La France n’échappera pas au double phénomène de la sécheresse et des précipitations. Les périodes de grande sécheresse (de type 1976) devraient se généraliser et s’allonger. Météo France estime que la période de sécheresse estivale de chaque année durera en moyenne vingt-neuf jours en 2100 (contre vingt aujourd’hui). Sous l’effet de l’assèchement, certains cours d’eau devraient voir leur débit sensiblement diminuer (- 28 % pour la Seine) et d’autres connaître des crues éclairs dues à des précipitations intenses (Rhône en amont de Lyon). Réchauffement du climat oblige, le déficit en eau atteindrait en France 2 milliards de mètres cubes par an dès 20501, pour un coût annuel de 5 à 10 milliards d’euros.