Publication : Le parisien Économie 02 Février 2015

Les entreprises de service du numérique à la recherche des nouveaux profils

Florence Puybareau

Data Scientist, Data Hygienist, architecte Cloud ou plus communément Web designer…. Ces termes d’origine anglo-saxonnes qui fleurissent depuis quelques mois sur les sites de recrutement peuvent paraître étranges à celui qui n’est pas familier avec les nouvelles technologies. Il s’agit en effet de métiers nés avec le développement de l’Internet et de ses corollaires, les réseaux sociaux, la mobilité, le big data/analytics, le cloud computing et la sécurité informatique (ce qui donne en anglais l’acronyme SMACS). Si certaines de ces dénominations sont parfois une évolution de métiers qui existaient déjà, la plupart en revanche correspondent vraiment à de nouvelles fonctions. Pour les entreprises, notamment les ESN (Entreprises de service du numérique qui ont remplacé les SSII) qui mettent en œuvre les projets numériques de leurs clients, c’est un véritable défi. Car la demande pour ces compétences est très forte et les candidats encore rares. Filière de formation insuffisante, méconnaissance de ces nouveaux métiers ou difficultés à faire évoluer des profils plus classiques… les raisons ne manquent pas pour expliquer l’inadéquation entre l’offre et la demande. « Avec tous les secteurs qui font appel au digital, la demande a explosé et même si nous arrivons à trouver les bons profils, ce n’est pas suffisant» explique Jacques Froissant, directeur d’Altaïde, un cabinet de recrutement spécialisé dans les métiers du digital et de l’IT.

Celui-ci observe notamment deux domaines très « friands» de profils qualifiés : le monde des data et le marketing. «Les entreprises recherchent des data managers car avant de parler de Big Data, il leur faut déjà exploiter les importants volumes de données qu’elles ont en interne afin d’améliorer la gestion de leur relation client. » Pour ces postes, les profils commencent à être bien identifiés par les directeurs de ressources humaines des ESN : « En France, il y a une forte culture autour des mathématiques appliquées et des formations basées sur les données. Nous voyons également des personnes ayant fait des écoles de commerce et qui s’intéressent à la data avec le bénéfice d’une double culture» précise Jacques Froissant. En revanche, dans le domaine de la création et du marketing digital, c’est souvent le bouche à oreille qui permet de trouver les talents. Jacques Froissant recherche ainsi pour ses clients des spécialistes de retargeting et de programmatic (recyblage publicitaire), des nouveaux métiers venus des Etats-Unis et pour lesquels n’existe aucune formation académique : « Ces experts ont des formations initiales en école de commerce, en marketing ou en informatique. Ils sont généralement assez “geek” et se sont formés peu à peu comme pour beaucoup de ces métiers apparus avec le Web. » Des cibles très recherchées et pour lesquelles les ESN n’hésitent pas à mettre le prix : dans ce secteur les rémunérations annuelles brutes moyennes dépassent en effet les 47 000 euros.

ENTRE FORMATION ACADÉMIQUE ET APPRENTISSAGE EMPIRIQUE

Télécom Paris Tech, Ensae, Epita mais également HEC ou l’Essec… Ces grandes écoles (d’ingénieurs et de commerce) ont développé des cursus autour des nouveaux métiers du numérique, notamment pour l’analyse des données. A ces formations prestigieuses s’ajoutent un nombre croissant de cycles proposés par d’autres écoles d’ingénieurs, de marketing, de design qui intègrent des modules autour du digital. Car si l’on en croit le Syntec numérique, qui regroupe l’essentiel des entreprises du numérique en France, il y a urgence, le numérique étant devenu l’un des grands moteurs de croissance des entreprises hexagonales. Dans ce contexte, le syndicat a remis au Gouvernement dix propositions pour un plan national de formation tant initiale que professionnelle. Par ailleurs, la Fafiec (l’organisme paritaire collecteur agréé des métiers du numérique, de l’ingénierie, du conseil, des études et des métiers de l’événement) a publié une cartographie de formations dispensées par une quinzaine d’établissements à travers la France en mentionnant les filières préparées et le nombre de diplômés par an. Dans ce document figure également des analyses de « passerelle » permettant de passer d’un « ancien » à un « nouveau » métier du numérique. Par exemple entre le poste d’administrateur d’infrastructures et le spécialiste de cyber sécurité ou entre le chef de projet et le spécialiste de la migration cloud.