Publication : Le parisien Économie 29 Juin 2015

Investir dans l’ art

Anne-Claire Ordas

Témoin

« Acheter ce qu’on aime et s’y intéresser vraiment »

Nicolas Laugero Lasserre, 40 ans, collectionneur spécialisé en art urbain

Nicolas Laugero Lasserre possède au moins deux casquettes : celle de directeur de l’Espace Cardin, à Paris, où il a commencé comme attaché de presse. Et celle de collectionneur, un des meilleurs spécialistes en France d’art urbain qui fait tourner une partie de ses trois cents œuvres toute l’année, de Bordeaux (Gironde) à Créteil (Val-de-Marne), avec la volonté de démocratiser l’accès à la culture. Quand elles ne sont pas exposées, ses pièces, signées d’artistes reconnus – Frank Shepard Fairey, Invader, JR, Banksy, Speedy Graphito – habillent de façon permanente les murs de l’Ecole 42, créée par le fondateur de Free Xavier Niel.
Au départ, pourtant, pas de fortune personnelle. Venu de Marseille, Nicolas Laugero Lasserre s’installe à Paris, quartier de la Butte aux Cailles, il y a une vingtaine d’années. C’est là qu’il découvre, sur les murs de la ville, les manifestations du street art . A 25 ans, il achète sa première œuvre, un pochoir signé Jef Aérosol. « Il coûtait 300 euros, une somme énorme pour moi à l’époque », raconte-t-il. Aujourd’hui, cette pièce vaut autour de 3000 euros. Si la passion a d’abord guidé ses choix, nourris des rencontres avec les artistes, Nicolas Laugero Lasserre dit réfléchir désormais « avec deux cerveaux » : le premier écoute son cœur, le second prend en compte « la valeur de l’œuvre sur le marché, les galeries qui l’exposent etc ».  Ses conseils aux jeunes acheteurs ? « Ceux qui veulent mettre l’œuvre chez eux, qu’ils achètent un artiste qu’ils aiment dans leurs moyens. Ceux qui veulent investir, il vaut mieux démarrer avec des valeurs d’entrée de prix, à 2000 ou 3000 euros. » Mais surtout, rappelle Nicolas Laugero Lasserre, il est indispensable d’éduquer son regard, de se spécialiser « en fréquentant les ventes, les galeries, en allant voir les expos, en étudiant l’histoire du mouvement ». Ne jamais oublier que l’art est d’abord affaire de passion. « Quand on me demande ce qu’il “faut” acheter, c’est déjà la fin de l’histoire », constate le collectionneur.