Publication : Le parisien Économie 29 Juin 2015

Investir dans l’ art

Depuis la crise de 2008, de nombreux investisseurs se tournent vers les « actifs tangibles » que sont les œuvres d’art. Un placement intéressant, à condition de creuser le sujet.

Anne-Claire Ordas

Régulièrement, la vente d’une œuvre d’ art à un prix stratosphérique défraie la chronique. Dernier record en date, « Les femmes d’Alger », de Pablo Picasso, toile adjugée en mai à 179,3 millions de dollars chez Christie’s à New York. Cependant, la majorité des objets d’art restent accessibles à une clientèle aux moyens plus modestes.  En effet, « 90% des opérations sur le marché de l’art demeurent en dessous de 10 000 dollars (9 000 euros environ) », affirme Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoines artistiques et fondateur de Saint Eloy Art Wealth management.

Or l’acquisition d’une œuvre est un bon investissement, selon le consultant. D’abord, à la différence des actions, le tableau ou la sculpture sont des biens concrets, des « actifs tangibles, comme l’or ou les diamants », rappelle Fabien Bouglé. Ensuite, « si on achète bien, on peut faire de belles opérations financières » à la revente. Enfin, les œuvres d’art ne rapportent pas de revenus mais elles sont supprimées de la base taxable de l’Impôt sur la fortune (Isf). « Cela permet de joindre l’utile à l’agréable », conclut Fabien Bouglé.

Pour autant, investir dans l’art ne s’improvise pas.  Il est indispensable d’observer quelques principes. « Il faut avant tout aimer ce que l’on achète et, pour cela, définir ses goûts », avertit Delphine Brochand, fondatrice de Fin’Art Consulting, cabinet de gestion du patrimoine dans l’art. « Prendre le temps d’aller dans les foires d’art, les musées, des galeries, se renseigner. » Deuxième étape : « il faut se documenter pour connaître la position de l’artiste sur le marché de l’art », avance Delphine Brochand. L’artiste est-il récent, fait-il l’objet d’expositions, de collections ? « Un faisceau d’indices permettent de le positionner », indique Delphine Brochand. Dernière étape : « renseignez-vous sur le prix », recommande Delphine Brochand. « Sur le site Artprice, moyennant un abonnement, vous pouvez accéder à la cote d’artistes vendus aux enchères de 1987 à aujourd’hui et observer les évolutions. » En effet il arrive que certains, notamment dans l’art contemporain, connaissent une progression très rapide, trop forte. « Dans ce cas on est sur de la spéculation », prévient Delphine Brochand.

A partir de quelle somme peut-on parler d’investissement ? Là-dessus les avis divergent. « Tout peut être sujet à investissement car il y a des modes et des cotes », estime Cyrille Coiffet, président d’Expertissim, principal site français d’objets d’art sur Internet qui affiche plus de 12 000 références, du fauteuil Charles Heames des années 1960 à l’huile sur toile XVIIIe. « On peut commencer à 200 ou 300 euros, estime Cyrille Coiffet, par exemple sur une bande dessinée dont le prix va grimper ». Le mobilier ancien dont les prix sont actuellement plancher devrait remonter sous peu, les tirages des premiers maîtres de la photo peuvent constituer un bon placement à moyen terme. « Le niveau minimum au départ tourne plutôt autour de 5000 euros », nuance Delphine Brochand. « Avec cette somme, vous pouvez avoir un artiste montant, comme Jérôme Gobé, ou des tirages photos de certains grands noms comme Robert Doisneau ». En matière de dépense, il n’est pas interdit d’enchérir. « A partir de 20 000 ou 30 000 euros on se situe clairement sur le créneau du marché de l’art mondial », observe Fabien Bouglé. « L’acheteur est sûr de pouvoir remettre l’œuvre en vente dans les plus brefs délais. » Ces considérations n’empêchent pas les bonnes surprises à bas prix. Mais une surprise, ça se travaille.