Publication : l'actuariel 33 - Juin 2019

Éric Lecoeur

Anne-Sophie BOULARD

Des défis à relever

S’il est satisfait de ses 25 ans de carrière, c’est avec une passion intacte pour son métier qu’il considère l’avenir : « L’édifice mathématique du calcul des probabilités est resté stable, mais un univers des risques en expansion et une aversion au risque croissante nous demandent toujours plus de créativité dans nos modélisations. L’un des défis des actuaires est donc de s’approprier un nouveau pan du risk management spécifique aux risques de modèle. Une illustration tragique d’une non-maîtrise de ce risque est l’exemple de l’explosion d’Apollo 11. Le modèle de la Nasa estimait à 1/100 000 la probabilité d’une telle catastrophe, soit une Var à 99,999 %. Les ingénieurs estimaient de manière plus intuitive la probabilité à 1/200, soit une Var à 99,5 %, car ils avaient des doutes sur l’effet du froid sur les joints toriques, identifiés comme des composants d’un niveau “ critique 1 ”, ce qui signifiait que, s’ils ne fonctionnaient pas de manière optimale, cela menacerait la navette et son équipage. » L’évolution de la puissance informatique et de la taille des données est un autre challenge : « Pour rester avec des illustrations astronautiques, Apollo 11 avait à bord deux ordinateurs qui pesaient 32 kg chacun pour 4 kB de RAM, alors qu’aujourd’hui toute cette mémoire tient sur une simple clé USB. C’est un vrai changement de paradigme, avec des impacts majeurs sur nos travaux. » Et s’il arrêtait ? Ce serait pour donner des cours de maths. On ne se refait pas.

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