Publication : l'actuariel 33 - Juin 2019

Éric Lecoeur

« Je n’aimerais pas faire ton boulot ! », lui dit-on parfois. Lui, si. Il aime les maths, passionnément. La réassurance et l’international aussi. Alors être Group Chief Actuary d’un leader mondial… Quoi d’autre ?

Anne-Sophie BOULARD

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C’est un phénomène qui, en février dernier, a été désigné Chief Actuary de l’année lors des InsuranceERM Awards. Rare à plusieurs titres. Éric Lecoeur, 50 ans, Group Chief Actuary et responsable de la fonction actuarielle/S2 de Scor, voit ainsi reconnus 25 ans d’engagement professionnel, parcourus en quasi-totalité chez le géant de la réassurance. Une fidélité à son employeur qui distingue cet actuaire certifié IA, tant est répandue l’idée qu’une carrière se bâtit en en changeant. Rare aussi, sa vocation précoce. Ses origines arméniennes lui font affirmer que « la famille et les études, c’est primordial » : l’actuariat s’impose dès la prépa, supplantant l’envie d’enseigner les mathématiques, à la faveur d’un stage dans la salle de marché du CCF. Sorti de Janson-de-Sailly « fasciné par le calcul de probabilités », il intègre l’Isup, sur le podium. Puis ce qui est une start-up avant l’heure, la branche d’assurance directe d’Axa, où il passe trois ans entre calcul de prédiction de files d’attente téléphonique, formation des chargés de clientèle, tarification… Et l’envie résolue « d’entrer en réassurance ».

Il y parvient en 1995, à la Scor. L’actuariat groupe ne compte encore que trois personnes (contre une vingtaine aujourd’hui, qui lui reportent directement) : c’est en matière de recherche et développement en pricing qu’Éric apporte initialement ses compétences. Quatre ans plus tard, il saisit une opportunité d’expatriation et quitte Paris pour Londres, avec son épouse. C’est là que naîtront ses deux enfants, qui, baignés de culture britannique, resteront bilingues et accros aux chips au vinaigre. « J’invite tous les jeunes actuaires à partir à l’étranger. Cela devrait d’ailleurs être un passage obligé du cursus », plaide celui qui, au fil des besoins de ses postes, est devenu fellow de l’Institute and Faculty of Actuaries (IFoA), de la Society of Actuaries in Ireland et de la Singapore Actuarial Society, et Oversea Associate de l’Institute of Actuaries of Australia. De quoi exercer son métier dans la plupart des pays du monde.

 Discipline et grain de folie

Depuis Londres, Éric, alors Chief Actuary de la filiale anglaise, signait les réserves pour toute l’Asie-Pacifique. Sa spécialité. De retour à Paris, en 2004, il prend le poste de Group Chief Actuary. Encore une orientation précoce. « L’intérêt de Denis Kessler pour l’actuariat a permis à Scor d’être visionnaire sur la fonction actuarielle, confie t-il. À Londres, le Chief Actuary était “ Solvency II compliant ” avant l’heure. » Un intérêt qui ne se dément d’ailleurs pas – le Comex compte actuellement cinq actuaires parmi ses membres – et qui explique peut-être qu’Éric Lecoeur n’ait jamais eu à chercher ailleurs de nouveaux défis. « Je grandis avec le groupe et, d’acquisition en acquisition, j’ai l’impression d’avoir vécu dans beaucoup d’entreprises. »

Vécu, le mot est choisi : sa vie professionnelle est évidemment chronophage. Le secret de l’équilibre est à chercher entre discipline et… grain de folie assumé. « On peut bosser tout le temps, mais il est important de prendre de vraies pauses. Je travaille souvent tard, mais rarement à la maison. Il faut avoir des passions à côté. » Les siennes – sa famille au premier chef, le ski, une originale collection de cannes animalières et un intérêt pour la Patagonie, entre autres – occupent son temps libre, rare. Mais qu’il a pourtant su dédier à l’engagement bénévole : administrateur de l’Institut des actuaires de 2010 à 2014, il a oeuvré à la création de L’Actuariel, dont il a été le rédacteur en chef jusqu’en 2017.

Avec l’entrée en vigueur de Solvabilité II, la fonction actuarielle vint logiquement couronner sa fiche de poste. « Mon travail est d’assurer une évaluation indépendante de l’adéquation entre les provisions de Scor et ses engagements », résume-t-il avec une simplicité qui ferait presque oublier qu’il s’agit de veiller sur 30 milliards d’euros de provisions.

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