Publication : Commodesk mars 2013

Des pistes pour le recyclage des boues rouges

Ces déchets qui constituent un véritable défi environnemental, pourraient aussi ouvrir de nouvelles opportunités économiques.

Anne-Bénédicte Hoche

 De nombreux investissements sont réalisés pour la recherche et développement afin de trouver des moyens de retraiter les boues rouges, des déchets qui constituent l’un des enjeux environnementaux majeurs de la production d’aluminium. L’aluminium métal est produit par électrolyse de l’alumine, qui est actuellement extraite de la bauxite par le procédé dit « Bayer », du nom de son inventeur, mis au point à la fin du XIXe siècle. L’alumine est extraite du minerai par dissolution à la soude caustique. Les boues rouges sont les résidus, toxiques, de cette opération, que les industriels doivent ensuite gérer, le plus souvent en les stockant.

Selon la réglementation du pays, les conditions de stockage, de rejet et de traitement préalable sont plus ou moins contraignantes. En octobre 2010, ces boues avaient provoqué une catastrophe environnementale en Hongrie : la rupture d’un réservoir avait causé le déversement de 700 000 m3 de boues rouges corrosives, contenant de la soude et des métaux lourds, qui ont durablement pollué des cours d’eau, dont le Danube, et dévasté plus de 1 000 hectares de terres agricoles. Généralement, les industriels ont désormais l’obligation de conserver ces boues sous forme séchée pour limiter ce type de risques.

Les quantités de boues rouges stockées dans le monde sont estimées à environ 3 milliards de tonnes, et elles augmentent de plus de 100 millions de tonnes chaque année. Ces volumes constituent un véritable défi environnemental, mais peuvent aussi ouvrir de nouvelles opportunités : les boues rouges contiennent certains métaux très recherchés, en particulier des terres rares. Ainsi, en février 2013, la compagnie canadienne Orbite Aluminae a signé avec Veolia Propreté un accord de coopération mondial pour le recyclage et la valorisation des boues rouges afin d’en extraire divers composants (terres rares, titane, alumine…). En Jamaïque, l’Institut jamaïcain de la bauxite et la compagnie japonaise Nippon Light Metal ont lancé officiellement en février un projet pilote pour les recycler. L’objectif est d’extraire 1 500 tonnes de terres rares par an, si le test est concluant.

En France, des boues rouges dans la mer

La France est aussi concernée par la gestion des boues rouges. L’usine d’alumine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône) en rejette une partie dans la Méditerranée, au large de Cassis. La majeure partie de la soude contenue est préalablement extraite pour être réutilisée. Les autorisations de rejets sont progressivement réduites d’année en année, et ils seront interdits à partir de 2016. Pour limiter les quantités de boues rouges à stocker, un procédé de déshydratation a été mis au point pour valoriser ces déchets : ils sont commercialisés depuis 2007 sous le nom de « Bauxaline » et servent par exemple à des entreprises de travaux publics pour les couches de soubassement de routes, ou encore pour des applications horticoles. Des ONG dénoncent toutefois la réutilisation dans l’environnement de ces déchets contenant des métaux lourds.

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