Publication : Janvier 2020

Et si… les bactériophages étaient la réponse à l’antibiorésistance ?

Coralie Baumard

Combattre cette menace, c’est aussi assurer la survie de la médecine moderne. Sans antibiotiques, comment réaliser des césariennes, des chirurgies de routine ou des chimiothérapies ? Le défi est d’autant plus complexe que la résistance n’est pas seulement liée au mauvais usage et à la surconsommation des antibiotiques. Les bactéries résistantes se transmettent de personne à personne, par les eaux usées ou les animaux d’élevage, que cela soit en contact direct ou à travers la chaîne alimentaire.

En 2016, l’Assemblée générale de l’ONU reconnaissait déjà que l’utilisation inappropriée d’antimicrobiens chez les animaux est l’une des principales causes de la hausse de la résistance. Les restrictions alimentaires font partie des moyens d’actions envisagés par certains gouvernements. En 2021, le Canada cesse l’importation de crevettes en provenance d’Asie, car plusieurs tests ont révélé que ces crustacés contenaient des bactéries résistantes.

En 2022, l’ONU adopte une réglementation internationale imposant un taux maximal d’antimicrobiens par kilogramme d’animal. En dix ans, celle-ci a permis de réduire de 60 % la consommation d’antibiotiques dans l’élevage. En France, un grand plan de traitements des eaux est instauré dès 2025. Une mesure nécessaire, car les eaux sont largement contaminées par les antibiotiques, leurs résidus, les bactéries et les gènes de résistance en provenance des stations d’épuration urbaines. En 2017, une étude du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, en charge des relations internationales sur le climat, révélait ainsi que l’agglomération parisienne rejetait dans ses eaux usées entre 40 et 100 mg de bactéries par litre, dont 30 à 50 % de bactéries résistantes.

Pour limiter l’antibiorésistance, l’information est primordiale. En 2025, les pays membres de l’ONU déploient d’importants plans de communication sur les règles de prévention. Hygiène corporelle et hygiène alimentaire, cours sur la vaccination et les antibiotiques… chaque jour, dans les établissements scolaires, un temps est consacré à ces questions. Les règles à suivre sont affichées dans les entreprises et, tous les ans, une conférence annuelle et obligatoire est organisée par un intervenant du ministère de la Santé. Une émission quotidienne, préparée par l’OMS, est diffusée sur les chaînes web nationales et les radios. Progressivement, le lobby pro-bactériophages convainc un grand nombre de médecins de la nécessité de se doter d’un pôle de recherche public de pointe.

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