Publication : L'actuariel Octobre 2015

L’assurance-vie au défi des taux bas

Séverine Guignard

Banque de France, EIOPA, FMI ou encore OCDE : la question de l’impact des taux bas sur l’assurance hante les esprits de tous les régulateurs. « À moyen terme, un environnement de taux d’intérêt bas persistant met sous pression la rentabilité et plus généralement le business model du secteur de l’assurance », écrit ainsi le Haut Conseil de stabilité financière français dans son rapport annuel, soulignant également les « risques liés à la normalisation » de la situation de taux. L’assurance-vie, et plus précisément les 1 332 milliards d’euros¹ d’encours des supports en euros, concentre l’essentiel des inquiétudes. Au-delà des régulateurs, c’est toute l’industrie qui se préoccupe de la dégringolade des taux. « Cela fait vingt ans que les taux baissent et le métier de l’assurance-vie n’a pas été conçu dans un environnement de taux bas, fait observer Hélène N’diaye, actuaire certifiée IA, conseillère scientifique de l’actuariel, directrice technique et des risques de Generali France. Cette situation pose d’importants problèmes aux modèles que nous utilisons. »

LE CALCUL DU BEST ESTIMATE SOUS PRESSION

L’évaluation du bilan, et plus particulièrement du passif, est fortement impactée. « Un assureur-vie doit valoriser ses engagements futurs très longs sur la base de taux d’actualisation qui ne cessent de baisser. Cela augmente donc les provisions qu’il doit passer », souligne Antoine Lissowski, président de la commission économique et financière de la FFSA, directeur général adjoint de CNP Assurances et membre d’honneur de l’Institut des actuaires. Au-delà de cet effet mécanique, c’est tout le processus de valorisation de ces engagements futurs qui est touché à travers le calcul du best estimate. « L’ensemble des hypothèses financières utilisées pour le calcul des provisions sont basées sur le niveau de taux présent, avec une interdépendance entre l’actif et le passif, explique Bertrand Lespinasse, actuaire certifié IA, principal au sein du cabinet d’actuariat Milliman. En effet, pour estimer les prestations que l’on va verser aux assurés dans le futur – et plus particulièrement le niveau de revalorisation issu de la participation aux bénéfices –, il faut estimer le rendement que l’on espère percevoir des actifs acquis grâce aux primes reçues. » Petit à petit, le portefeuille projeté dans le futur détiendra de moins en moins de titres obligataires acquis lorsque les taux étaient plus élevés et de plus en plus d’actifs investis aux conditions de marché présentes, réduisant d’autant le résultat financier attendu.